RD Congo: L’homme qui répare les femmes

 

Colette Braeckman, journaliste belge et spécialiste de l’Afrique centrale, consacre un ouvrage au Dr Denis Mukwege, gynécologue qui soigne les femmes violées et mutilées au Kivu, République Démocratique du Congo – Par Elisabeth Mertens

L'homme qui répare les femmes

 

Le 27 octobre dernier, le Dr Denis Mukwege échappait de justesse à une tentative d’assassinat.

Ce n’est pas la première fois qu’il échappe à la mort, lui qui lutte depuis longtemps contre les exactions de groupes armés locaux et étrangers au Kivu. L’homme gêne beaucoup de monde. Et, avec un grand courage, il fustige les responsables actifs ou passifs, nationaux ou internationaux.

Le livre « L’homme qui répare les femmes«  est un captivant récit sur un homme d’exception qui œuvre dans « ce Kivu paradisiaque devenu un enfer ».

Au cœur des ténèbres

En 1983, le jeune médecin commence à exercer à l’hôpital de Lémera (Sud-Kivu) puis obtient une bourse pour se spécialiser en gynécologie en France. Il réintègre Lémera en 1989. Dans cette région immense, nombreuses sont les femmes à y arriver souvent trop tard ; il crée donc une dizaine de centres de soins décentralisés.

Cette période est brutalement interrompue par la première guerre en 1996 ; l’hôpital est détruit, des malades et infirmiers sauvagement tués. Le médecin s’en sort miraculeusement et se réfugie à Nairobi au Kenya.

De retour au Congo, il crée l’hôpital de Panzi. Effaré, il voit les résultats des massacres de Congolais et réfugiés. Plus tard, Mukwege constatera amèrement que « certains criminels bénéficient de l’impunité et sont même promus à des fonctions supérieures ». En 1999, il découvre, horrifié, une nouvelle barbarie: la destruction planifiée du sexe des femmes.

« Je constate des lésions totalement inhabituelles. Les femmes ont été violées collectivement, mais aussi mutilées avec différents outils, les maris, voisins, enfants étant obligés d’assister. Des clitoris ont été coupés, des seins sectionnés… La seule motivation : faire souffrir, humilier ; après l’acte, des soldats ont déchargé leur arme dans le vagin de la victime. »

Le nombre de victimes explose : en 2004, Mukwege dénombrait 3 604 cas. « Ce qu’on ne savait pas faire avec les armes à feu et les machettes, on le réalisait avec le sexe, déclarait-il. Dans les guerres classiques, ce sont les hommes qui vont au front. Les femmes restent au village, peuvent continuer à faire des enfants. Mais, si vous détruisez les femmes, vous menacez la société tout entière. Il s’agit d’une stratégie, tellement systématique que je ne peux y voir l’effet du hasard. »

Dès qu’il le peut, le Dr Mukwege voyage pour dénoncer les faits, à l’ONU, au Parlement européen… Il a été nommé pour le Prix Nobel de la paix et a reçu nombre de prestigieux prix internationaux. Il reçoit certes des dons, mais surtout des promesses (comme de l’Union européenne) dont il attend toujours la concrétisation…

Dr Denis Mukwege

Si cette reconnaissance internationale le touche, il reste lucide : « Sans véritable sécurité, tout cela ne sert à rien. » Il s’indigne : « La mission des Nations Unies au Congo, forte de 18 5000 hommes et d’un budget annuel d’1,2 milliard de dollars, se contente de faire de l’observation. On pourrait laisser les Casques bleus au Kivu comme observateurs, mais leur budget et leurs effectifs devraient être diminués de moitié. Les moyens dégagés pourraient être octroyés à l’armée congolaise. »

Et de préciser : « Les populations congolaises et rwandaises ont été entraînées dans un conflit qui n’est pas le leur et qui ne profite qu’à ceux qui l’ont initié et en retirent des dividendes. »

Le Dr Mukwege insiste : « Le viol n’appartient pas à la culture congolaise. Il a été inoculé. Le Congolais n’est pas plus disposé aux violences que n’importe quel autre peuple. »

Témoigner pour éviter de hurler

« Cela », ce sont les images d’un sexe d’enfant. Une gamine de trois ans, jambes ouvertes. Et au fond, un sexe tailladé. Du sang, de la peau coupée, des petites cuisses qui s’écartent et ne se refermeront sans doute plus jamais. La douleur crève l’écran, le hurlement que l’on devine déchire les oreilles.

Durant des heures, Denis Mukwege a tenté de recoudre la petite fille, de reconstituer son vagin détruit, bloquant toutes les issues de son cerveau, de sa conscience, pour que sa main demeure sûre et son geste efficace. Il ne sait pas si l’enfant vivra.  (Extrait de « L’homme qui répare les femmes »)

 

A lire aussi l’interview de Colette Braeckman accordé à Slate Afrique le 3 janvier 2013: « RDC – Le périlleux combat de l’homme qui répare les femmes

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La RD Congo sur ce blog:

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A propos Not a Chocolate Cake

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