Suisse: Abus sexuel et professionnels de la santé

 

Les statistiques sont rares, mais toutes celles qui ont été établies chiffrent à plus de 10% la part des médecins concernés par des accusations d’abus ou d’inconduite à caractère sexuel.

Le taux atteint jusqu’à 15% des psychiatres, gynécologues ou généralistes, mais toutes les spécialités sont touchées. Plus inquiétant encore, 80% des auteurs de tels actes seraient des récidivistes.

La Fédération des médecins suisses (FMH), qui s’appuie sur ces chiffres, veut faire la guerre aux gestes déplacés des médecins sur leurs patients.

Problème: Ces statistiques viennent des Etats-Unis et des Pays-Bas. Le président de la FMH veut en tirer les conclusions idoines: «Il n’y a pas de raison que ces chiffres étrangers soient différents en Suisse, d’après ce que nous savons.»
Il veut renforcer l’arsenal existant à la Fédération. Une série de mesures sera proposée prochainement à la chambre médicale, le parlement de la profession. Par ailleurs, il veut sensibiliser davantage les médecins cantonaux, seuls habilités à ôter le droit de pratique.

Karim Boubaker, médecin cantonal vaudois, salue l’initiative. Mais il précise que cette question délicate ne peut s’appuyer sur l’extrapolation de statistiques anglo-saxonnes: «C’est inadéquat.» Il en veut pour preuve la réalité du système de santé vaudois: «Par année, nous avons six cas qui posent problème sur des milliers de soignants», détaille-t-il. Par ailleurs, il estime que cette question doit être étendue à l’ensemble du personnel médical. Il n’y a pas que les médecins qui peuvent déraper, mais aussi d’autres professions soignantes: infirmiers, physiothérapeutes, etc. «Ce thème est à prendre avec prudence, et pas avec des chiffres à l’emporte-pièce», conclut Karim Boubaker.

 

 

Abus sexuels: les médecins en cause

Parole ou geste déplacé: les dérapages dont sont victimes les patientes sont peu sanctionnés en Suisse. La Fédération des médecins suisses (FMH) réclame une meilleure protection.

Un examen corporel trop poussé de la part d’un généraliste. Un médecin-dentiste qui a une façon bien à lui de faire un détartrage. Un massage thérapeutique qui devient gênant. Les abus sexuels commis par les professionnels de la santé préoccupent toujours plus la Fédération des médecins suisses (FMH). Au point que le groupe de travail créé en 2010 propose des mesures afin d’éviter ces dérapages et de donner plus de droits aux patientes: modification du Code de déontologie et intégration du thème dans la formation.

«Il faut agir pour mieux protéger les patientes. Car si ce problème reste tabou, il n’est de loin pas marginal», plaide Christine Romann, membre du comité central de la FMH. Aucune statistique n’existe sur le sujet en Suisse. Certains experts avancent le chiffre de 40 cas par jour dans le milieu de la santé.

La pointe de l’iceberg? Les faits ne remontent pas tous jusqu’aux organisations professionnelles ou aux autorités de surveillance.

Honte et crainte

Trop de victimes se terrent dans le silence. Par honte, culpabilité ou par peur d’affronter l’autorité que représente la blouse blanche. «Il y a un grand nombre de cas dans lesquels les victimes préfèrent ne pas déposer plainte et se contentent de ne plus aller chez le médecin qui les a abusées», reconnaît Christine Romann.

C’est bien souvent la seule «sanction» qui pend au bout du nez du praticien. Il s’en sort bien dans la plupart des cas. «Il arrive rarement qu’un médecin perde son autorisation d’exercer en Suisse», déplore la responsable du domaine promotion de la santé et prévention à la FMH.

Et même avec une peine sur le dos, des auteurs d’abus continuent de pratiquer comme si de rien n’était. C’est le cas d’un médecin condamné récemment à 10 mois avec sursis pour avoir eu des relations sexuelles avec une patiente. «Il travaille toujours dans le même canton», s’indigne une psychiatre alémanique – qui veut rester anonyme – ayant traité la victime.

C’est pourquoi la FMH dénonce le laxisme des autorités de surveillance, habilitées à prononcer des sanctions disciplinaires, qui vont de l’avertissement au retrait de l’autorisation de pratiquer. «Mais les procédures, notamment l’investigation, sont faites de manière inégale entre les cantons», juge Christine Romann. Une psychiatre confrontée régulièrement à ces situations abonde: «On veut que les autorités de surveillance fassent leur job. Surtout si l’on sait que 80% des auteurs sont des récidivistes. On ne peut pas l’accepter.»

Rares interdictions

Encore faut-il que ces autorités – le médecin cantonal ou la Direction de la santé suivant les cantons – aient connaissance des abus. Ce qui est rarement le cas. A Berne, le médecin cantonal se souvient de deux cas en six ans. Aucune affaire n’est même parvenue aux oreilles de Chung-Yol Lee, président de l’Association des médecins cantonaux de Suisse (AMCS). Pour le Fribourgeois, «il n’y a pas de laxisme de la part des membres. Si les transgressions sont claires et avérées, les autorités cantonales compétentes doivent sanctionner. S’il y a récidive, il faut prendre des mesures plus sévères. Mais le retrait d’une autorisation d’exercer est une sanction grave qui ne peut être prise à la légère non plus.» Christophe Dubrit, chef du centre LAVI/ PROFA, à Lausanne, n’est pas d’accord: «Il faut cesser de privilégier la carrière du praticien au détriment des patientes sous prétexte qu’il perd son gagne-pain en cas d’interdiction d’exercer.»

Les rares praticiens à être interdits d’activité dans un canton se rabattent sur un autre, voire changent de pays. Pourtant, les autorités qui leur délivrent de nouvelles autorisations ne peuvent ignorer les antécédents. Les violations des devoirs professionnels et les sanctions pénales sont inscrites au registre national des médecins, consultable par le public sur internet depuis 2010.

Consulter le registre

«Avant d’autoriser à pratiquer, un canton doit le consulter», rappelle Michael Jordi, secrétaire général de la Conférence suisse des directrices et directeurs cantonaux de la Santé. «S’il y a récidive, il est clair qu’il faut prendre des mesures.» La Conférence va-t-elle prendre ses dispositions? «On entrera en discussion si les médecins nous demandent d’agir», répond le secrétaire général.

De son côté, la FMH entend donner aussi plus de droit aux patientes. Car même en cas de dénonciation, les victimes sont exclues de la procédure. «Souvent, elles ne savent pas si la plainte a abouti. C’est difficile à vivre car elles se sentent abandonnées», insiste Christine Romann. «Elles doivent être intégrées à la procédure et être informées de son déroulement.» Dans ce sens, la FMH va proposer en juin à la Chambre médicale de modifier le Code déontologique. Mais Christine Romann se s’emballe pas: «Les médecins le veulent-ils vraiment?»

«Plus de gens en parlent»

Une femme couchée en sous-vêtements devant le médecin est dans une position inconfortable. Elle est surtout dans une position vulnérable. Ce qui n’échappe pas à certains praticiens qui abusent alors de leur autorité via un regard, un geste ou une parole déplacée. Les auteurs profitent de l’état de fragilité de leurs patients. Des femmes dans 95% des cas. «Certaines victimes s’en remettent et d’autres peuvent voir leur vie détruite», observe Isabelle Châtelain. Coresponsable de l’association privée genevoise Viol-Secours, cette travailleuse psychosociale est souvent confrontée aux abus sexuels commis par les professionnels de la santé. «Ils sont bien plus fréquents qu’on ne l’imagine. Il y a plus de gens qui osent en parler aujourd’hui. On sent un peu moins de tabou. On est dans une société où certaines professions comme celles de la santé ou de la police ne sont plus autant auréolées de prestige qu’auparavant.»

Mais les cas sont souvent rapportés bien plus tard, un à deux ans après les faits. «Des victimes n’osent pas en parler avant», relève Christophe Dubrit, chef du centre LAVI/PROFA, à Lausanne, qui en accueille régulièrement pour des conseils et un appui psychologique et juridique. «Les victimes ont du mal à dire que cela s’est passé. C’est leur médecin traitant ou des amis qui les poussent à venir chez nous.»

En cas d’abus sexuel, Viol-Secours conseille de ne pas retourner chez le praticien, de ne pas payer la facture et d’en expliquer les raisons dans un courrier. Il est possible aussi de s’adresser à une commission de surveillance. L’association soutient les victimes qui souhaitent déposer une plainte pénale. «Mais elles doivent apporter la preuve et ce n’est pas facile de le faire par exemple quand il s’agit d’attouchements ou de paroles», relève Isabelle Châtelain. «Si la victime dénonce le praticien, il arrive que celui-ci porte plainte pour calomnie ou diffamation. Il est fréquent que le praticien se défende aussi en prétendant que la patiente était amoureuse.»

Que faire spécifiquement en cas d’abus sexuel commis par des professionnels de la santé? La marche à suivre

 

À propos de Not a Chocolate Cake

Serial blogueuse - Intérêts en Relations Publiques, en Communication et en Réseaux Sociaux - CV Infographique: http://vizualize.me/Kabisu
Galerie | Cette entrée, publiée dans Droit des femmes, Harcèlement sexuel, est taguée , , , , . Bookmarquez ce permalien.

Une réponse à Suisse: Abus sexuel et professionnels de la santé

  1. Floriane dit :

    Bonsoir,

    Ce sujet tabou est rarement évoqué. Non seulement en Suisse, partout dans le monde ce type d’agression continue, cet abus de pouvoir et d’autorité sur personne vulnérable.
    Le blog, ci-dessous, évoque ces agressions commises par certains professionnels de la santé sous couvert d’actes thérapeutiques. Malheureusement peu de victimes parlent et ces abuseurs profitent de ce silence pour réitérer leurs gestes, leurs abus, leurs agressions en conservant leur notoriété …

    http://prixadodesarts.canalblog.com/archives/2012/06/21/24349778.html

    Merci pour votre lecture.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s